Dans une société où le culte de l’immédiat et du résultat prévaut, on ne voit que la médaille d’or du sportif, la levée de fonds en millions du startuper, les sourires affichés sur la photo de famille. On ne voit et on n’espère alors souvent que cela. En oubliant que la réussite et le bonheur sont avant tout un cheminement et que le sommet n’a de sens que par la pente qui y mène. Dans les sentiers cabossés naissent les émotions les plus intenses, celles qui donnent du relief à la vie.
Il faudrait pouvoir découper le mouvement pour voir toutes les étapes qui font la conquête d’un sommet. Et alors on verrait les chutes et les échecs, les nouveaux départs, les rebonds, le travail et la sueur, on verrait la motivation côtoyer les doutes, les sourires succéder aux larmes. Et alors, peut-être, on idéaliserait moins le résultat et on aurait envie tout simplement, modestement, de se mettre en chemin et de faire à chaque instant du mieux possible. Le résultat finirait par se profiler mais la victoire la plus importante aurait été acquise bien avant.
Ces sentiers cabossés m’ont donné tant de tourments, tant de bonheur, en particulier quand je me suis lancée à pied à travers l’Antarctique sur plus de 2.000km par -50°C. On me disait que c’était impossible pour une femme, quasiment impossible pour un homme, sauf pour Mike Horn peut-être. Mais j’avais déjà emprunté ce long chemin qui rend toute chose possible, y compris une marche de 74 jours dans le froid glacial après 4 ans de préparation.
Idem quand je me suis lancée dans le sport de haut niveau : on me disait que c’était trop tard pour moi, impossible. Cette douce musique berce de tout temps les conquérants. Je n’ai pas compté les chutes et les blessures, ni les mois et les années pour adapter mon corps, assimiler l’effort, améliorer le geste jusqu’à remporter des médailles internationales et améliorer un record de France d’athlétisme en courant plus de 6 marathons à la suite en 24 heures (253,6km).
Chaque médaille d’or, chaque levée de fond, chaque sourire est une longue histoire, bien plus qu’il n’y paraît, mais nous disposons tous au départ de la principale ressource pour tenir la distance : l’ouverture d’esprit qu’il nous faut cultiver pour aller à la rencontre de nos différences, apprendre chaque jour, explorer, et laisser ainsi germer l’idée disruptive qui nous portera un peu plus loin.
Je m’entraîne au Stade Français avec des sprinteurs et à l’INSEP au contact des chercheurs et sportifs de tous horizons, je viens de participer à un film-documentaire sur la force mentale des sportifs aux côtés de Rafael Nadal (tennis), Rudy Gobert (basket), Charles Leclerc (F1), et de contribuer à un protocole de recherches sur l’impact de la nutrition dans l’expression de certains polymorphismes génétiques.
Cela fait partie de ma préparation pour courir plus de 270km en 24 heures, au-delà du record du monde d’athlétisme dans cette discipline. Et oui, bien sûr, on m’a déjà dit que c’était impossible.
