Ce qui fera la différence in fine, ce n’est pas tant de performer quand tout va bien, c’est de garder le bon état d’esprit quand tout va mal : cette capacité à tenir le cap malgré les obstacles, jusqu’à puiser dans la difficulté une force supplémentaire.

Pourquoi ?

Parce que chaque projet qui en vaut vraiment la peine, comme on dit, s’inscrit dans le temps long et qu’il est illusoire de penser que tout se passera bien. Les obstacles viendront. Ce n’est pas idéal certes, mais inévitable, alors autant accepter ce postulat d’emblée. Et se dire que dans les aspérités de la vie, dans les horizons gris, on peut aussi devenir plus attentif aux lumières intérieures, relever la tête et regarder plus loin.

On me parle souvent des records que j’ai établis, et on me dit parfois que j’ai de la chance. Voilà un concept bien théorique. Dans la vraie vie, il y a des obstacles et la suite dépend alors de la manière dont on réagit. Jamais je n’ai pu me résigner à laisser un obstacle décider à ma place.

Pendant mon expédition en Antarctique sur plus de 2.000 km en 74 jours par -50°C, j’ai repensé chaque jour aux accidents qui m’ont mise à terre avant le départ. Une fracture déplacée de l’épaule, puis une fracture du coccyx et cette entaille dont je porte encore les cicatrices. Sans parler de l’accumulation des obstacles administratifs, logistiques, budgétaires.

Idem quand j’ai couru 7 marathons en 7 jours consécutifs autour du monde, ou ce marathon au pôle Nord par -30°C.

Et encore en 2022. Je me remets progressivement d’une fracture de la rotule après avoir été percutée par une trottinette un an plus tôt. Et puis, juste avant les Mondiaux de 100km, je rentre avec un lumbago d’un stage avec l’équipe de France d’athlétisme. A Berlin, le maillot France sur les épaules, j’ai l’impression de courir sur une jambe. Je m’accroche malgré tout, loin de mon objectif, pour aider l’équipe à finir vice-championne du monde. Trois semaines plus tard, enfin remise sur pied, que dire de cette agression la veille des Europe d’ultrafond. Impossible de fermer l’œil. J’hésite à prendre le départ. Mais je ne peux pas laisser l’obstacle gagner. 24 heures plus tard, j’ai couru plus de 253 km, amélioré le record de France et terminé vice-championne d’Europe. Ma fierté ce jour-là est d’avoir trouvé les ressources en moi pour prendre le départ en étant diminuée.

Idem en 2023 quand j’améliore au cours d’une année chaotique les records de deux épreuves mythiques : l’Ultra-Marin et les 100km de Millau dont c’était la 51ème édition. Ces victoires se sont dessinées quand j’ai décidé de ne rien lâcher et d’aller de l’avant.

C’est vrai dans le sport, dans l’exploration, dans l’entrepreneuriat et dans tous les aspects de la vie.

Les résultats sont éphémères. C’est le chemin parcouru et restant à parcourir qui importe, et donc la capacité à franchir les sentiers cabossés, qui est d’abord une disposition de l’esprit.

#Persévérance
#Résilience